L'essentiel - En 30 secondes
- En juillet 2026, l’ONUDI a annoncé la clôture d’un projet de préparation du Fonds vert pour le climat consacré à la décarbonation de l’acier marocain par l’hydrogène propre.
- L’hydrogène ne suffit pas à rendre une tonne d’acier bas carbone : il faut aussi mesurer minerai ou ferraille, électricité, chaleur, eau, rendement, qualité et émissions incorporées.
- Une usine marocaine peut commencer par cinq indicateurs de préparation : énergie par tonne, part d’électricité renouvelable, intensité Scope 1-2, consommation d’eau et traçabilité du produit.
Le secteur de l’acier marocain entre dans une phase où la question n’est plus seulement « peut-on produire avec de l’hydrogène ? », mais « quelles données et quelles décisions rendent cette trajectoire crédible ? ». L’ONUDI a indiqué en juillet 2026 que son projet de préparation au Fonds vert pour le climat avait produit cinq études sur la faisabilité technique, les standards de certification, les écarts de politique publique, les options de financement et l’impact du dessalement de l’eau.
Cette approche est importante pour les industriels et sous-traitants marocains. Un projet hydrogène touche à la réduction des émissions de procédé, mais aussi au coût de l’électricité, aux infrastructures, à l’eau, à la certification et aux marchés export. La donnée carbone doit donc être construite dès le diagnostic et non ajoutée à la fin d’un investissement.
Le sujet se distingue de notre article sur les KPI d’une usine automobile de Kénitra et de notre analyse des preuves CBAM pour l’acier recyclé : ici, l’angle est la préparation industrielle d’une trajectoire acier-hydrogène.
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Ce que le projet ONUDI apporte au débat marocain
Le projet de préparation GCF, conduit par l’ONUDI avec le ministère marocain de la Transition énergétique et du Développement durable, a examiné les conditions nécessaires à l’intégration de l’hydrogène propre dans le secteur de l’acier. L’ONUDI souligne que cette trajectoire peut renforcer la compétitivité et l’accès à des marchés internationaux où les exigences carbone et durabilité deviennent plus fortes.
Il faut lire cette annonce comme une base analytique et non comme la confirmation d’une usine, d’un volume ou d’un prix de tonne d’acier déjà opérationnel. Les études créent une fondation pour de futurs projets. Elles ne dispensent pas chaque industriel de mesurer sa propre ligne de base, ses contraintes de procédé et la disponibilité réelle de son énergie.
Le projet rappelle aussi que la décarbonation est multidimensionnelle. Une solution technique peut être excellente sur le Scope 1 et créer une pression sur l’électricité, l’eau ou les infrastructures. La décision doit intégrer les interactions plutôt que de comparer deux technologies sur un seul chiffre d’émissions.
Les cinq KPI de préparation d’une aciérie
- Énergie par tonne. Suivre électricité, combustibles et chaleur par tonne d’acier conforme, en séparant production, démarrages et arrêts.
- Part d’électricité renouvelable. Documenter origine, contrat, période, compteur et méthode de rattachement à la production ; ne pas confondre intention d’achat et énergie livrée.
- Intensité Scope 1-2. Calculer les émissions directes et celles liées à l’électricité selon des facteurs datés, puis expliquer le périmètre et les changements de méthode.
- Eau par tonne. Suivre prélèvement, recyclage, pertes, qualité et éventuel dessalement ; la réduction carbone ne doit pas déplacer le risque vers la ressource hydrique.
- Traçabilité produit. Relier matière première, ferraille, énergie, coulée, laminage, lot et expédition à une fiche d’émissions incorporées.
Ces KPI ne constituent pas une certification d’acier vert. Ils forment un socle de préparation pour les études de faisabilité, la recherche de financement, les échanges avec les clients et les futurs référentiels de vérification. Ils doivent être suivis à une fréquence compatible avec le procédé : poste, jour, campagne ou lot selon la donnée disponible.
Hydrogène, électricité et eau : le triangle de décision
L’hydrogène propre est souvent présenté comme une solution de décarbonation. Son intérêt dépend cependant de son mode de production, de son facteur d’émission, de son usage dans le procédé et de son remplacement effectif d’un combustible ou d’un réducteur plus carboné. Il faut suivre l’énergie nécessaire à la production, au stockage et au transport, pas seulement l’entrée d’hydrogène dans l’usine.
L’électricité renouvelable pose une question comparable. Un contrat ou un projet de production n’est pas automatiquement une donnée d’électricité consommée par tonne. La méthode de comptabilisation et la preuve contractuelle doivent être compatibles avec le client et le référentiel utilisé. Un industriel peut commencer par un tableau qui sépare énergie physique, facteur, certificat et allocation.
L’eau mérite un indicateur autonome. L’ONUDI a identifié l’impact du dessalement dans les études marocaines sur l’hydrogène et l’acier. Une usine doit donc mesurer prélèvement, réutilisation, rejet et énergie de traitement. Cette donnée peut modifier le coût et l’empreinte du projet, surtout dans un site côtier ou soumis à des contraintes de disponibilité.
Le radar aide à repérer un déséquilibre. Une usine peut avoir une bonne mesure énergétique mais une traçabilité produit faible ; elle saura alors piloter ses coûts sans pouvoir répondre à une demande d’émissions incorporées. Les scores sont à remplacer par des preuves réelles : compteur, facture, registre de lot, analyse, contrat d’électricité ou rapport indépendant.
De la ligne de base au projet bancable
Une étude de faisabilité doit commencer par une ligne de base de l’installation actuelle. Elle décrit matières, ferraille, électricité, combustibles, gaz, oxygène, eau, rendement, qualité et produits. Chaque flux doit avoir une unité, une période et un responsable. La production d’acier conforme est le dénominateur principal, mais les rebuts et les reprises doivent être visibles.
Le scénario de réduction peut ensuite comparer plusieurs leviers : efficacité énergétique, optimisation du four, augmentation de ferraille qualifiée, électricité renouvelable, récupération de chaleur, hydrogène ou combinaison de solutions. Le modèle doit afficher investissement, coût d’exploitation, disponibilité, maintenance, sécurité, émissions et eau. Une solution très performante sur le carbone mais impossible à alimenter ou à maintenir n’est pas encore un projet industriel.
La bancabilité vient de la qualité de la décision, pas d’un mot-clé technologique. Le financeur veut comprendre le risque technique, la demande client, les autorisations, les partenaires, la mesure du résultat et le scénario de retour. Les cinq KPI rendent le dossier lisible, mais ils doivent être accompagnés d’un propriétaire et d’un plan de contrôle.
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Lien avec CBAM et les marchés export
L’acier figure parmi les secteurs couverts par le CBAM européen. Pour un exportateur marocain, la performance industrielle ne remplace pas le calcul des émissions incorporées exigé pour la marchandise. Elle peut toutefois fournir les données nécessaires à une valeur réelle, à une discussion avec l’importateur et à une stratégie de réduction du coût carbone.
La trace doit suivre le produit. Un chiffre moyen de l’entreprise peut masquer les différences entre four, coulée, laminage, qualité et lot. L’usine doit donc définir comment elle alloue l’énergie et les émissions aux produits, comment elle gère la ferraille ou les précurseurs, et comment elle conserve la preuve lorsque le lot est expédié.
Le client européen peut aussi demander une trajectoire avant de demander une certification. Une réponse robuste distingue ce qui est mesuré aujourd’hui, ce qui est prévu, ce qui est financé et ce qui reste à démontrer. La crédibilité vient de cette séparation, pas d’une promesse de neutralité.
Ce que l’industrie marocaine doit décider maintenant
Le premier choix est de créer une équipe croisée : énergie, production, qualité, maintenance, achats, finance et export. Le deuxième est de fixer une période de référence et une cadence de mesure. Le troisième est de décider quelles études doivent être externalisées et quelles données peuvent être produites en interne.
Le Ministère de l’Industrie présente la décarbonation comme un levier de compétitivité fondé sur énergie propre, efficacité énergétique, économie circulaire et préservation de l’eau. Pour l’acier, cette ambition devient concrète lorsqu’une tonne produite peut être reliée à ses flux, ses preuves et son plan de réduction.
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*« Advancing lower-carbon steel production could contribute to reducing industrial emissions while strengthening the sector’s long-term competitiveness and its access to international markets. »*
— ONUDI, Morocco GCF Readiness Project, 2 juillet 2026
FAQ ▾ - Questions fréquentes sur l’acier marocain et l’hydrogène
L’hydrogène rend-il automatiquement l’acier bas carbone ?
Non. Il faut connaître son mode de production, son facteur d’émission, l’énergie nécessaire, son usage dans le procédé et le résultat par tonne d’acier conforme.
Quels KPI suivre avant un investissement hydrogène ?
Commencez par énergie par tonne, part renouvelable, Scope 1-2, eau et traçabilité produit. Ces indicateurs peuvent être complétés par rendement, qualité, coût et disponibilité.
Les cinq axes proposés sont-ils une exigence ONUDI ?
Non. Il s’agit d’une grille opérationnelle TaxeCarbone.ma inspirée des thèmes annoncés dans les études ONUDI. Les exigences applicables dépendent du projet, du financeur, du client et du référentiel choisi.
Le CBAM reconnaît-il automatiquement une baisse d’émissions de l’aciérie ?
Non. La baisse doit être calculée dans le périmètre des marchandises et documentée selon la méthodologie CBAM. La performance de l’usine est une base de données, pas une dispense de déclaration.
Sources officielles consultées
- ONUDI — Morocco GCF Readiness Project Successfully Completed — études, acier et hydrogène propre, 2 juillet 2026.
- ONUDI — Advancing Green Hydrogen Integration in Morocco’s Steel Sector — rapports et conditions de déploiement, 23 juillet 2026.
- Commission européenne — CBAM definitive regime — secteurs couverts et obligations depuis 2026.
- Ministère marocain de l’Industrie — Décarbonation de l’industrie — énergie propre, efficacité, eau et économie circulaire.
- ONUDI — Morocco industrial decarbonization roadmap — leviers de décarbonation des sous-secteurs ciment et acier.
Article préparé le 27 septembre 2026. Les études ONUDI constituent une base d’analyse ; les décisions d’investissement doivent être confirmées par une étude technique, financière et réglementaire propre au site.
