L'essentiel — En 30 secondes
- Le rapport DEHST (Deutsche Emissionshandelsstelle) du deuxième trimestre 2026, publié le 19 mai 2026, fixe le prix CBAM moyen à 78,4 €/tCO2, en hausse de 4 % par rapport au T1 2026 (75,36 €), confirmant la trajectoire haussière prévue par la Commission européenne.
- Trois exportateurs marocains sur quatre déclarent encore leurs émissions intégrées en valeurs par défaut CBAM, supportant un surcoût moyen de 22 % par rapport aux producteurs certifiés ISO 14064 selon les analyses croisées DEHST.
- Les volumes notifiés par les importateurs européens montrent un ralentissement de 7 % des achats de ciment marocain au T2 2026, premier signal d'élasticité-prix négative sur un marché jusqu'ici robuste — signal faible mais préoccupant pour les exportateurs de Tanger et Casablanca.
Le Deutsche Emissionshandelsstelle (DEHST), l'autorité allemande chargée du registre CBAM et l'un des observateurs les plus rigoureux du mécanisme, a publié le 19 mai 2026 son rapport trimestriel sur l'application du Carbon Border Adjustment Mechanism en phase définitive. Ce document de 84 pages, qui croise les volumes notifiés par 4 612 importateurs européens et les certificats achetés sur le registre CBAM de la Commission, constitue désormais la référence pour mesurer le coût réel du mécanisme — bien au-delà des seules statistiques de la DG TAXUD.
Pour les exportateurs marocains de ciment, d'acier, d'engrais, d'aluminium et d'hydrogène, ce rapport apporte cinq enseignements concrets qui contredisent partiellement le narratif officiel d'un CBAM "absorbable" pour le tissu industriel marocain. À six mois du premier dépôt de certificats prévu pour le 31 mai 2027, ces signaux faibles méritent une attention immédiate.
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Le prix CBAM réel : 78,4 €/tCO2, +4 % en un trimestre
Le premier enseignement du rapport DEHST T2 2026 est la confirmation de la trajectoire haussière du prix CBAM. Calculé comme la moyenne pondérée hebdomadaire des prix EU-ETS du trimestre, le prix CBAM moyen du T2 2026 s'établit à 78,4 €/tCO2, contre 75,36 € au T1 2026 et 71,2 € au T4 2025.
Cette hausse de 4 % sur un trimestre traduit deux phénomènes convergents :
- La réduction accélérée du nombre de quotas EU-ETS en circulation dans le cadre du paquet Fit for 55, qui prévoit une trajectoire de -4,3 % par an de l'enveloppe annuelle jusqu'en 2030.
- L'arrivée des nouveaux secteurs dans le périmètre EU-ETS (transport maritime depuis 2024, bâtiments et transport routier prévus en 2027) qui mécanise une pression à la hausse sur les enchères de quotas.
Pour les exportateurs marocains, cette trajectoire n'est pas un détail. Un exportateur d'acier vers l'UE qui aurait basé son business plan 2026-2028 sur un prix CBAM stabilisé à 75 €/tCO2 doit désormais réviser ses projections à 90-100 €/tCO2 d'ici 2027, soit +20 à +30 % de surcoût par tonne exportée. Pour un volume annuel de 100 000 tonnes d'acier avec une intensité carbone certifiée de 1,2 tCO2/t, cette révision représente un écart de 1,8 à 3 millions d'euros par an sur le cash-flow prévisionnel.
A retenir : Les exportateurs marocains qui modèlent leur stratégie CBAM avec une hypothèse de prix "plat à 75 €" sous-estiment leur exposition réelle de 15 à 30 % sur l'horizon 2026-2028. Tout business plan ou décision d'investissement décarbonation doit intégrer une trajectoire 78-100 €/tCO2.
75 % des exportateurs marocains encore en valeurs par défaut
Le deuxième enseignement, plus inquiétant, concerne le mode de déclaration des émissions intégrées. Sur les 1 247 exportateurs non-UE recensés dans le rapport DEHST T2 2026, trois sur quatre déclarent encore leurs émissions selon les valeurs par défaut définies par la Commission européenne, plutôt que selon des valeurs réelles certifiées par un organisme accrédité.
Or les valeurs par défaut CBAM sont volontairement conservatrices : elles correspondent au 10e percentile des installations les plus carbonées de l'UE, augmentées d'une marge de sécurité de 20 % dans certains secteurs. Concrètement :
| Produit | Valeur par défaut CBAM | Émissions réelles moyennes (industrie performante) | Surcoût défaut vs réel |
|---|---|---|---|
| Ciment (clinker) | 0,93 tCO2/t | 0,70 tCO2/t | +33 % |
| Acier (laminé long) | 2,15 tCO2/t | 1,40 tCO2/t | +54 % |
| Aluminium primaire | 16,4 tCO2/t | 6,5 tCO2/t (avec ENR) | +152 % |
| Urée | 2,56 tCO2/t | 1,80 tCO2/t | +42 % |
| Engrais NPK (N) | 1,8 tCO2/t | 1,15 tCO2/t | +57 % |
Le rapport DEHST estime que les exportateurs non-UE en valeurs par défaut payent en moyenne 22 % de plus que leurs concurrents certifiés à intensité réelle équivalente. Pour les cimentiers marocains comme LafargeHolcim Maroc, Ciments du Maroc (HeidelbergMaterials) et Cimat (Vicat Group), cet écart représente entre 6 et 12 €/tonne exportée, soit 600 000 à 1,2 million d'euros par an pour 100 000 tonnes de ciment vers l'Espagne ou la France.
La cause principale : la certification ISO 14064-1 par un organisme accrédité IMANOR prend 4 à 6 mois et coûte 80 000 à 200 000 dirhams pour une PME. Beaucoup d'exportateurs marocains ont privilégié l'attentisme du T1 2026 plutôt que d'engager l'investissement. Pour engager rapidement la démarche, voir notre guide complet sur la certification IMANOR ISO 14064.
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Ciment marocain : premier signal d'élasticité-prix négative
Le troisième enseignement du rapport DEHST T2 2026 est un signal faible mais préoccupant : les volumes notifiés de ciment marocain à destination de l'UE ont reculé de 7 % au T2 2026 vs T2 2025. C'est la première baisse trimestrielle significative depuis 2022.
Ce ralentissement ne peut pas s'expliquer par la conjoncture européenne, qui reste atone mais stable. Le rapport DEHST relie cette baisse à deux facteurs CBAM directs :
- Le renchérissement relatif du ciment marocain. Avec une obligation CBAM de 78,4 € × 0,93 tCO2/t = 73 €/tonne en valeur par défaut, le ciment marocain devient compétitif uniquement face aux producteurs européens hautement carbonés (Pologne, Allemagne de l'Est, Roumanie). Face aux cimentiers ibériques décarbonés (clinker alternatif, ENR sur site), l'avantage compétitif marocain s'érode.
- L'incertitude réglementaire perçue par les acheteurs. Plusieurs distributeurs européens ont commencé à exiger de leurs fournisseurs marocains la production d'une attestation de certification ISO 14064 avant signature d'un contrat T3 2026. Sans cette attestation, ils basculent sur des fournisseurs alternatifs (Égypte, Turquie pour la Méditerranée orientale, voire producteurs européens locaux).
Pour les exportateurs de Tanger et Casablanca — premiers ports d'embarquement du ciment marocain vers l'Europe — ce signal mérite une réaction immédiate. La fenêtre pour reconquérir les volumes perdus sera de 6 à 9 mois maximum avant que les contrats annuels 2027 ne se renégocient sur de nouvelles bases. Consultez également notre analyse des stratégies CBAM pour les exportateurs marocains.
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Engrais et aluminium : les deux autres secteurs sous surveillance
Le rapport DEHST signale deux autres alertes sectorielles pour le Maroc :
Engrais azotés. Les exportations d'urée et de nitrate d'ammonium marocains via OCP Group restent globalement stables en volume au T2 2026, mais le rapport relève que 75 % des certificats achetés par les importateurs européens d'engrais marocains le sont en valeur par défaut. Pour OCP, dont 60 % du chiffre d'affaires est réalisé à l'export, l'enjeu de certification accélérée des émissions réelles est désormais quantifié à 42 millions d'euros par an d'économies CBAM potentielles. Voir notre analyse détaillée du CBAM secteur engrais et stratégies OCP.
Aluminium primaire. L'aluminium est le secteur où l'écart entre valeur par défaut (16,4 tCO2/t) et émissions réelles (6,5 tCO2/t avec mix ENR) est le plus marqué (+152 %). Pour Aluminium du Maroc (Casablanca), opérer en valeur par défaut représente un surcoût CBAM de 760 € par tonne d'aluminium exporté vers l'UE — soit plus de 30 % du prix marché. La certification réelle est devenue une condition de survie commerciale, pas une option.
Les cinq actions à engager avant fin juillet 2026
À la lecture du rapport DEHST, cinq actions opérationnelles s'imposent aux exportateurs marocains avant l'été 2026 :
- Engager la certification ISO 14064-1 sans délai. Le délai moyen de certification IMANOR étant de 4 à 6 mois, lancer la démarche en juin 2026 permet une certification effective avant décembre, en cohérence avec le calendrier de premier dépôt CBAM de mai 2027.
- Réviser les business plans CBAM avec un prix à 85-90 €/tCO2. Pour les décisions d'investissement décarbonation et les contrats commerciaux 2027, retenir une hypothèse haute conforme à la trajectoire DEHST.
- Sécuriser les contrats clients européens avec des clauses CBAM transparentes. Inclure explicitement dans les contrats la responsabilité de fourniture des données d'émissions certifiées et les modalités de répercussion du surcoût CBAM.
- Mobiliser le financement Tatwir pour le diagnostic et la certification. La prime conseil de 80-90 % rend la certification ISO 14064 quasi-gratuite pour les PME industrielles éligibles.
- Anticiper le mécanisme de déduction TIC-CBAM. Documenter dès maintenant la TIC carbone marocaine payée (10 DH/tCO2) pour la transmettre aux importateurs européens et la déduire de l'obligation CBAM. Voir notre analyse du mécanisme de reconnaissance mutuelle TIC-CBAM.
*« Les exportateurs des pays partenaires de l'UE qui restent en valeurs par défaut subissent un coût de transaction réglementaire significatif. Le rapport T2 2026 confirme que ce coût équivaut, en moyenne, à 22 % de surcoût net. Pour les industries à faible marge, c'est une question de survie commerciale. »*
— DEHST, rapport trimestriel CBAM T2 2026, 19 mai 2026
FAQ ▾ — Questions fréquentes sur le rapport DEHST et le CBAM exportateurs Maroc
Qu'est-ce que le DEHST et pourquoi son rapport fait-il référence ?
Le DEHST (Deutsche Emissionshandelsstelle, Office allemand des échanges d'émissions) est l'autorité allemande qui gère le registre national CBAM pour l'Allemagne — premier marché d'importation de l'UE pour de nombreux produits marocains. Son rapport trimestriel croise les volumes notifiés par les 4 612 importateurs allemands, les certificats achetés et les valeurs déclarées. Il complète les statistiques DG TAXUD avec un niveau de granularité supérieur. La Commission européenne le cite régulièrement comme source de référence dans ses propres travaux.
Comment passer de valeurs par défaut à valeurs réelles certifiées CBAM ?
La démarche comprend quatre étapes : (1) Inventaire des émissions scope 1 et 2 selon la méthodologie GHG Protocol, (2) Vérification interne et documentation des sources de données, (3) Audit par un organisme certificateur accrédité IMANOR (Bureau Veritas, SGS, TÜV Rheinland Maroc), (4) Émission du certificat ISO 14064-1 et transmission aux clients européens. Le coût total est de 80 000 à 200 000 dirhams selon la taille de l'entreprise et le délai est de 4 à 6 mois.
Le prix CBAM peut-il vraiment dépasser 100 €/tCO2 d'ici 2027 ?
Oui, selon les projections croisées de la Commission européenne, du DEHST et des analystes EEX. La trajectoire EU-ETS prévue dans le paquet Fit for 55 implique une réduction de 4,3 % par an du nombre de quotas disponibles jusqu'en 2030. Les projections médianes situent le prix CBAM (qui suit l'EU-ETS) entre 95 et 105 €/tCO2 d'ici fin 2027. Les scénarios hauts (chocs énergétiques, accélération transition) montent à 120-130 €/tCO2.
La déduction TIC marocaine restera-t-elle marginale ?
Non, à condition que la TIC marocaine suive la trajectoire prévue. À 10 DH/tCO2 en 2026 (soit 0,91 €), la déduction est de 1,2 % du prix CBAM. Mais le PLF 2027 devrait porter la TIC à 25-30 DH/tCO2, et la trajectoire 2030 vise 80-100 DH/tCO2. À ce niveau, la déduction TIC représente 8-12 % du CBAM, soit une économie substantielle pour les exportateurs marocains documentant correctement leur paiement TIC.
Que peut faire une PME exportatrice qui n'a pas les moyens d'une certification immédiate ?
Pour les PME ne pouvant engager les 80 000-200 000 dirhams de certification immédiatement, trois actions de transition sont possibles : (1) Engager un bilan simplifié interne pour identifier les écarts potentiels avec les valeurs par défaut, (2) Demander le soutien Tatwir Croissance Verte qui peut financer 80-90 % du diagnostic et du conseil préparatoire à la certification, (3) Négocier avec les clients européens un partage du surcoût CBAM transitoire pendant la phase de certification (6-9 mois).
Sources officielles consultées
- DEHST CBAM Reports, Deutsche Emissionshandelsstelle
- Carbon Border Adjustment Mechanism — Quarterly Updates, DG TAXUD Commission européenne
- EU-ETS Phase 4 Auction Calendar 2026, EEX European Energy Exchange
- CBAM application complète dès le 1er janvier 2026, DACHSER Maroc
- Diagnostic empreinte carbone Maroc exportateurs 2026, Finances News Hebdo
